Culture : "Arrête ton cirque"
à Anjouan > Du feu dans la médina
Belle
animation ce matin-là à bord du Tratringa. Une troupe
de joyeux drilles a pris possession de l'arrière du bateau,
chacun y allant de sa chansonnette, accompagnée du son des
guitares et des percussions. But de ce voyage? Une mini tournée
sur l’île sœur d’Anjouan pour faire découvrir qu’il
est possible de faire rêver, rire, danser, chanter avec quelques
flammes, quelques objets lancés en l'air... quand c'est fait
avec adresse!
Tout avait commencé en décembre
2001. Quelques membres de la troupe étaient allés
faire un rapide voyage sur l’île voisine. Ils avaient fait
la connaissance d’Anasse : «Nous n’avons jamais vu de telles
choses, ici. A la télévision, bien sûr, mais
jamais en vrai. Il faut que vous veniez nous faire découvrir
ça!» Le projet a mûri, s’est organisé
au long de courriers échangés par les navettes qui
font la liaison entre les deux îles.
Un accueil chaleureux et efficace
Dès que la petite
troupe a posé pied à terre, le ton est donné
: la famille, les amis d’Hanasse sont mis à contribution
pour faciliter le séjour de ces drôles d’acrobates.
Un camionnette attend au port pour transporter le matériel,
le lieu du campement est trouvé : l’intendance suivra. Préparer
les repas pour une vingtaine de personnes n’est pas une mince affaire.
«Raison de Dieu», le cuistot s’en tirera avec maestria,
faisant découvrir une cuisine locale riche et variée
à ses pensionnaires. Jérôme, le «grand
échassier», le dira :
«sans cette mobilisation, nous n’aurions pas pu mener ce projet
aussi bien». Le premier campement
est établi le long de la rivière Pagé, à
proximité de Mutsamudu, capitale d’Anjouan. Pour y accéder,
deux ou trois kilomètres de chemin de brousse devant des
villageois médusés par cette étrange troupe
de m’zoungous qui installe son village de toile.
Anasse,
"Raison de Dieu" et leurs amis n'ont
pas ménagé leurs efforts pour rester fidèles
à l'art d'accueillir les étrangers, légendaire
dans leur île, même si les membres d'Arrête
ton cirque se sentent maintenant un peu chez eux à
Pagé, Mutsamudu ou Moya. Belle occasion pour
eux de découvrir qu'il existe bien une gastronomie
à Anjouan, n'en déplaise aux détracteurs!
Il faut en effet être des maîtres de la
cuisine pour arriver à de tels résultats
avec si peu de moyens, perdus au milieu de nulle part!
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Dès le lendemain de l’arrivée,
le village de Pagé se retrouve sur la petite place. Les enfants
ne savent plus où donner de la tête, allant de l’atelier
«maquillage» à celui qui leur permet de s’initier
au diabolo, pendant que les torches enflammées virevoltent
au-dessus de leur tête. Après cette «mise
en jambe», la troupe investira les ruines d’un bâtiment
détruit lors des événements de 1997. Marco,
un des organisateurs, tiendra à préciser : «ce
choix n’a aucune conotation symbolique. Il s’est fait uniquement
pour l’esthétique du lieu». En effet, la musique techno
accompagnant le spectacle, les flammes qui partent à l’assaut
des étoiles, les voiles d’Anne, la danseuse orientale, qui
dansent dans la nuit donnent une autre dimension à ce lieu
étrange, emportant les quelques deux cents spectateurs présents
bien loin de leur quotidien. Demain, dans les ruelles de la médina,
on entendra un regret : «Dommage que nous n’ayons pas été
prévenus, nous n’avons pas vu le spectacle».
Les jeunes (et moins
jeunes) apprentis d'Olivier auront vite
fait de comprendre la technique du diabolo.
Certains seront rapidement capables d'envoyer
le double cône de caoutchouc très
haut dans le ciel, sous l'oeil médusé
du maître. |
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Quand arrive la distribution
des ballons de baudruche, c'est l'émeute!
Destinés à l'origine à
la fabrication de balles de jonglages, ils
ne tardent pas à exploser dans tous
les coins : la tentation était trop
grande. |
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Soirée magique et mémorable à
Moya
Après avoir hésité
entre Domoni et Moya, les baladins opteront pour le village de la
côte Sud de l’île et ses étroites ruelles bordées
de constructions en pierre. Personne n’a été prévenu
au village. Surprise! Dès la nuit tombée, les torches
sont allumées à l’entrée du village. La lente
procession commence. Les enfants sont les premiers à emboîter
le pas des jongleurs. Rapidement, c’est tout le village qui se faufile
entre les cases dans une joyeuse farandole. L’absence d’électricité,
donc de possibilité de sonorisation, avait fait hésiter
les organisateurs qui s’étaient résignés à
n’utiliser que le son des jembés pour accompagner les acrobates.
Les bouénis du village auront tôt fait de pallier à
l’absence de musique. Leurs chants ne tardent pas à répondre
au son des percussions dans un ensemble émouvant rappelant
si besoin était que la musique reste un langage universel.
Ces chants à l’unisson, la frayeur des enfants fuyant devant
les échassiers, les danses et les rires de Moya resteront
longtemps dans la mémoire des habitants autant que dans celle
des artistes, très émus par la chaleur de ce bonheur
partagé le temps d’une soirée.
Faire tourner une
assiette au bout d'un bâton, bien
sûr que ça ne sert à
rien, mais qu'est-ce que c'est amusant!
Et quelle satisfaction quand elle accepte
de rester à sa place sans tomber! |
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Effrayés pour
les plus jeunes, intrigués puis amusés
pour les plus grands, les échassiers
d'Arrête ton Cirque ont su apprivoiser
la jeune population de Pagé. |
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Et demain?
Une telle aventure ne peut
pas rester sans lendemain. Une petite troupe est en train de se
constituer à Anjouan et espère bien venir à
Mayotte pour nous faire apprécier son travail. Quant aux
acrobates du feu de "Arrête ton cirque", ils sont
déjà de nouveau attendus. Il leur faudra peut-être
faire un détour par Mohéli auparavant...
Une
bonne partie des membres de "Arrête ton cirque"
vient du monde enseignant. Autant dire qu'ils sont particulièrement
sensibles au dénuement dans lequel travaillent
leurs collègues des autres îles. Avant
le départ, ils ont donc fait un détour
par "la Maison des Livres" où on leur
aura préparé quelques cartons de livres.
C'est avec émotion qu'ils se sont rendus compte
de l'importance accordée par leurs collègues
anjouanais à ce qu'ils ne considéraient
n'être qu'un petit cadeau...
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