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Jour de pluie quartier Boubouni

Rue Boubouni - M'tsapéré

Visite humide dans un quartier de M'tsapéré
JOUR DE PLUIE RUE BOUBOUNI

  Personne sur cette planète n'ignore où se trouve M'tsapéré... En revanche, la ruelle qu'est la "rue Boubouni" est nettement moins médiatisée... Elle suit la rivière M'Tsapéré, justement. Enfin quand je dis rivière, n'allez pas vous imaginer une onde claire et accueillante... Je ne vous conseille pas d'y tremper le gros orteil : elle sert à la fois de vide-ordures et de lavoir. Paradoxe? Certes! Mais pas autant que la blancheur du linge qui ressort des mins expertes des bouénis qui y lave leur linge! L'eau quand à elle ferait plutôt penser à l'Océan Atlantique quand les "Erica" et autres poubelles flottantes viennent barboter et dégazer...

Comme la "rivière" fait un coude, la rue Boubouni la suit dans sa course. Ce qui explique l'angle à 90°. Elle part de la "route nationale" qui traverse M'tsapéré pour s'enfoncer au milieu d'un dédale de ruelles.
C'est surtout à la nuit qu'elle s'éveille. L'éclairage public? Vous n'y pensez pas! D'ailleurs, faites donc attention où vous mettez les pieds!!! 

 

a journée a été particulièrement chaude... Les nuages se sont doucement accumulés tout au long de l'après-midi, obscursissant peu à peu le ciel. Soudain, dans le silence et la touffeur, le roulement descend de la colline toute proche : la pluie arrive. En quelques secondes, la rue se vide... Même les poules, les cabris et les moutons se terrent... Les enfants se régalent de cette aubaine, pataugent dans les flaques et boivent l'eau qui tombe des tôles, ignorant superbement les injonctions des parents... La coco* qui fait habituellement sentinelle à l'entrée de la ruelle, assise sur une pierre, a déserté son poste d'observation.

 

 

amarade", toujours tiré à quatre épingles, n'a pas hésité à sortir la savonnette : on lui amène la douche devant la porte, pourquoi s'en priver? C'est jour de lessive, aujourd'hui, mais même abrité sous la varangue, le linge aura bien du mal à sécher... Des cataractes de pluie vont tomber pendant une bonne heure, la rue s'emplit d'eau et il sera bientôt difficile d'y pénétrer : la flaque s'agrandit à l'entrée... il va falloir faire preuve d'une grande agilité pour ne pas se mouiller les pieds. On peut opter pour une autre solution, plus radicale : une paire de tongs et on y va franchement... De toutes façons, il est très peu probable que l'on parvienne à passer sans éclaboussures... Dès qu'il pleut, et même avec la plus extrême prudence, il est impossible de garder des vêtements propres. Si vous avez le malheur de vous aventurer le long d'une route où passent les voitures, c'est trempé de la tête au pied que vous arriverez : la reine automobile ne fait aucun cas des piétons et vous inondera à chaque trou d'eau. Trous d'eau qui ne manquent pas le long de ces routes qui ne sont qu'une dentelle de nids de poule.

Du fond de la ruelle monte un grincement  régulier accompagné du "ploc-ploc" caractéristique de quelqu'un qui court dans l'eau. "Filao, filao...". Pluie ou pas pluie, les vendeurs de poisson doivent se débarrasser de leur stock avant la fin de la journée.  Celui-ci s'arrête, appelé par un habitant du quartier. Il pose sa brouette au milieu de la rue, en sort une balance don't la couleur oscille entre le bleu et le rouille. Bringuebalante, tremblottante, les indications qu'elle donne doivent être très approximatives. Le vendeur la pose de guingois sur un morceau de carton ondulé, détrempé. Il découpe une épaise tranche de thon, la pèse. Elle doit faire un bon kilo. Le sang se mêle à la pluie et au sable de la ruelle pour s'étaler autour de la brouette. Le vendeur dégouline de pluie sous son imperméable de plastique vert militaire pendant que la brouette s'emplit d'eau. il se fait payer et reprend sa course : "Filao, filao..."

 

Derrière le quartier Boubouni, le reste du village de M'tsapéré s'accroche au flanc de l'ancien volcan que fut Cavani. D'innombrables ruelles pentues permettent de passer d'un quartier à l'autre. Durant la saison des pluies ces ruelles se transforment en torrents d'une eau boueuse qui transporte vers le bas (et donc vers le lagon) les détritus qui jonchent le sol. De profondes rigoles ont été aménagées, mais elles suffisent rarement à écouler le flot. De plus, de nombreux et (très) divers objets les encombrent et les obstruent. Les escaliers de pierre disparaissent alors sous l'eau.

 

La route nationale qui traverse Mtsapéré descend vers le sud de l'île. Etroite, tortueuse, elle est bien peu adaptée au flot sans cesse croissant des véhicules qui l'empruntent. Elle se trouve parfois tellement encombrée par les détritus qui dévalent les rues en pente que les voitures finissent par avoir bien du mal à passer. Rien n'effrait le flot de boue : les bidons de peinture vides, les canettes métalliques de coca-cola et de bière, les ustensiles ménagers qui ont terminé leur carrière, des morceaux de bois échappés des chantiers qu'ils ont quitté avant l'heure... A M'tsapéré, la route longe la mer et se trouve donc au plus bas. A chaque averse, elle se transforme en lit temporaire pour cette rivière éphémère. Il existe bien des caniveaux, larges d'un bon demi mètre et profond de près d'un mètre, mais quand arrive la nouvelle saison des pluies, ils contiennent encore les déchets apportés par la saison précédente et se trouve donc dans l'incapacité de remplir sa fonction. Ils sont alors curés (ce qui est un comble en pays musulman, mais s'ils étaient dragués, ce ne serait guère mieux...), pour se remplir de nouveau à la première pluie. En ce moment, nous avons droit à au moins une averse quotidienne, vider les caniveaux de Mayotte revient donc à remplir le tonneau des Danaïdes..

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