Fomboni,
la " capitale " de Mohéli s'étale sur plus
de deux kilomètres le long de "la" route. Deux kilomètres
alors que l'ensemble de l'île ne compte guère plus de trente mille
habitants : c'est dire si l'on respire dans cette " capitale ".
Le béton n'a pas encore trop envahi ce gros village composé essentiellement
de bangas en terre ou en feuilles de coco tressées. Les toits sont recouverts
de raphia, comme dans toutes les Comores et à Madagascar. Visite guidée.
Le Marché
Quand
on veut faire connaissance avec un village, une ville, un seul endroit :
le marché. C?est le lieu de tous les échanges,
le début de toute vie collective. Fomboni n?échappe
pas à la règle. Un vaste espace, en bordure de mer...
à proximité : une plantation de cocotiers...
d?immenses manguiers... Carte postale? Pas du tout! Il y a en plus
quelque chose qui n?apparaît pas sur une carte postale :
la vie. Une vie calme, sereine, mais active. Le marché couvert,
construit récemment, est abrité par un bâtiment
carré, très haut dont la toiture est évidée
au centre. De grandes arcades rappellent l?architecture de la Grande
Mosquée de Moroni. Une pente douce permet aux eaux de pluie
d?être récupérées dans un bassin recouvert
de petits carreaux de céramique bleue claire. Il est vide.
La saison des pluies n'a pas encore vraiment commencée en
ce mois de novembre...
Un groupe de bouénis
est installé sous l?immense manguier. Elles sont assises devant leur
étal : quelques mains de bananes, quelques piments, quelques morceaux
de coco séchés... Au final, l'équivalent de quelques francs
pour toute une journée de présence. J?ai bien dit de présence :
elles ne donnent vraiment pas l?impression de " travailler "
comme nous l?entendons. On discute, on rit, on s?engueule... jamais bien longtemps,
mais intensément. Chaque discussion devient vite interminable :
on ne règle pas les problèmes en trois mots, il faut que chacun
ait le temps de faire valoir ses arguments.
Ballet des taxis brousse,
chargeant et déchargeant régimes de bananes et passagers. Aucune
paroi pour arrêter et renvoyer les bruits qui s?évaporent, respectant
le calme de l?endroit. Quand on veut quitter Fomboni pour la brousse, c?est
un endroit stratégique : tous les taxis passent par ici. La patience
fait aussi partie de la stratégie. Patience pour trouver un véhicule,
mais patience également pour discuter les prix : ils peuvent être
multipliés par dix pour la même course!
Le "port"
A défaut
d'un autre mot, on utilisera "port", mais en fait, il n'existe aucune
infrastructure à Fomboni : ni digue pour arrêter les vagues, ni
même un phare. Si l'on excepte un quai qui s'avance en pleine mer et qui
devient inutilisable dès que la mer s'agite un peu. D'ailleurs, les boutres
qui accostent à Mohéli ont fini par renoncer à l'utiliser
: ils préfèrent mouiller à proximité de la plage
pour effectuer leurs chargements, comme avant...
Pour la petite histoire, ce quai avait été
prévu à Bandar Salama, un village jouxtant Fomboni. Mais le "terrain",
comme on l'appelle ici, s'y trouve déjà et les autorités
ont refusé que ce petit village disposent de tant d'avantages. Le "terrain",
c'est le terrain d'aterrissage : on se refuse à parler d'aéroport...
Et c'est ainsi qu'une des rares infrastructure de Mohéli est quasiment
inutilisable. Ce quai a été construit par la Colas, entreprise
française de BTP. Elle a construit plusieurs de ces quais à Mayotte,
et donc possède la technique, sauf qu'à Mayotte, le lagon protège
des vagues du large...
Le village
Fomboni
s'est "développée" le long de l'unique route qui longe
la côte. A l'est, le port et à l'ouest "LA" station service
de l'île et un hôtel, le "Relais". Entre les deux, trois
bons kilomètres au cours desquels on croise les services proposés
dans l'île : quelques administrations, deux banques, le bureau de poste,
le "Centre Hospitalier Régional de Fomboni", le Centre de Ressources
et ... les O.N.G.
Dès que l'on s'écarte de cette
colonne vertébrale, on retrouve un village identique aux autres
: cases de raphia, bangas en terre... très peu de béton.
Le tout parsemé çà et là de quelques échoppes
proposant toutes les mêmes produits de base.
Ce
qui frappe le plus, surtout quand on arrive de Mayotte, c'est le côté
"coquet" des cases. Ici, un petit carré entouré
d'une minuscule barrière de bambou abrite quelques fleurs... là,
une haie de lauriers roses protége l'habitation en lui apportant
ombre et fraîcheur... Les ruelles sont propres, pas de canettes
de Coca-cola ou de bière, pas un sac plastique... Il faut dire
qu'on ne trouve ni canettes de Coca-cola, ni bière, ni sacs plastiques
dans les boutiques... C'est en parcourant des endroits comme Mohéli
qu'on s'interroge sur les "bienfaits de la civilisation"...
vaste débat! Mais surtout, surtout, on se dit qu'il faut absolument
ne pas laisser se reproduire les erreurs grossières commises sur
l'île voisine où il n'est plus question de mettre le pied
dans une rivière, où les ruelles ressemblent plus à
un dépôt d'ordures qu'à tout autre chose! On s'interroge
toutjours sur ce que peuvent penser les touristes, qu'on tente d'attirer
à Mayotte à grand frais, quand ils parcourent les rues de
Mamoudzou et qu'ils découvrent l'ampleur de la pollution domestique.
Des indices sont là pour nous inquiéter
sur le devenir de Fomboni : les détritus arrivent sur la plage
et là non plus, aucune structure pour gérer les déchets
qui ne manqueront pas d'affluer. Nul doute que l'arrivée de visiteurs
(de plus en plus nombreux), le retour de Mohéliens partis en France
ou même à Moroni vont amener de nouvelles habitudes de consommation,
une nouvelle manière de vivre. Pour l'instant, Mohéli vit
encore au dix-neuvième siècle, mais ce n'est plus qu'une
question de quelques années. Si les villages de brousse et les
quelques animateurs qui "gèrent les affaires" sont sensibles
à l'environnement, il n'est pas certain qu'il en soit de même
à Fomboni qui souffre déjà du syndrome de la capitale.
Dès que la nuit tombe sur Mohéli,
la vie semble s'arrêter. L'absence d'éclairage public fait
rentrer les gens chez eux, autour d'une lampe, à pétrole
le plus souvent. L'électricité, c'est pour les riches. Les
jeux des enfants cessent, le silence tombe, le calme s'installe, encore
plus présent que dans la journée.
Une
vie paisible, mais pleine d'envies de rejoindre le "grand concert
des nations"...
Anecdote SEANCE DE "CINEMA"
Samedi
soir à Fomboni... Les occupations ne sont pas légion.
Alors, on se "fait un resto", comme il n'y en a qu'un
à Fomboni, le choix est vite fait, on va chez "Akmal".
Sur le chemin du retour, un attroupement devant un banga. Sur la
façade, un caisson protégé par une vitre annonce
le programme : un film indien. Pourquoi pas?
- C'est combien l'entrée?
- Cinquante francs (environ 65 centimes)
Ce qui représente un risque financier acceptable. On paye,
on entre (en baissant la tête..)
Une trentaine de personnes assises sur des planches à peine
surélevées du sol de quelques centimètres dans
un joyeux babillage évoquant une salle de classe. Devant
les "spectateurs", une télé, un magnétoscope
qui ont au moins connu la guerre du Golfe. Entre les parasites,
on devine une image tremblotante. Les bandes annonces se succèdent,
entrecoupées de quelque pub pour une bijouterie... indienne.
Le film commence, les discussions se poursuivent. Les parasites
s'atténuent, ou alors, on s'est habitués. Après
avoir tenté vainement de comprendre quelque chose pendant
une demi-heure, on finit par abdiquer.
- On s'en va?
- On s'en va!
La nuit noire nous avale. L'agitation se poursuit autour du banga.
A part quelques rares commerçants indiens, personne ne parle
la langue. On est donc en droit de penser que personne ne comprend
rien aux drames qui se déroulent sur l'écran... Mais,
ça bouge, et c'est une nouvelle occasion de se réunir.
N'est-ce pas là le plus important?