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Partenaires
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Mort annoncée d'un village traditionnel |
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Hamouro
Un village à l'agonie...
HAMOURO
Le
texte qui suit a été écrit en 1999.
Il fait ressortir le danger qui planait déjà
à l'époque sur ce petit village. Qui aurait
pu imaginer que quelques années plus tard, il
aurait totalement disparu? Mais surtout, qui aurait
pu imaginer qu'il disparaîtrait de façon
aussi stupide et, disons-le, criminelle. Ce jour de
novembre 2003 n'était pas un jour comme les autres
: c'était le premier jour du Ramadan, un des
rites les plus sacrés de l'Islam, celui qui est
sensé réunir tous les musulmans autour
de valeurs faites de générosité
et de partage.
Après
une nouvelle raffle anti-immigrés, le maire de
la commune de Bandrélé dont dépend
le village, Moussa Madi, a envoyé ses employés
communaux pour brûler les cases où s'étaient
abrités les sans-papiers (parfois à prix
d'or...) En quelques minutes, cet élu dont le
devoir est, entre autres, de veiller à la paix
et la sécurité publique, a réduit
en cendres ce qui restait d'un patrimoine irremplaçable.
Comment peut-on imaginer qu'en 2003, un élu de
la république qu'il a choisi de représenter
et de servir, puisse se livrer à un tel acte
de barbarie. Barbarie non seulement envers les femmes
et les enfants qui étaient restés seuls
et sans toit après l'arrestation des hommes,
mais barbarie également envers une culture que
les mahorais sont si prompts à défendre...
en d'autres circonstances. Cet acte est également
l'aboutissement du climat délétaire entretenu
par les élus et les représentants du gourvernement
sur l'île. Il n'en est pas un pour tempérer
et apaiser le climat de haine qui est en train de s'instaurer.
Bien au contraire, il ne se passe pas une semaine sans
que l'on ait à déplorer une phrase, un
mot qui exacerbe un peu plus ce climat de violence naissant
: - "C'est à croire qu'un cachet d'aspirine
n'a pas le même effet à Mayotte qu'aux
Comores" (Mansour Kamardine, député
de Mayotte) - "l'invasion migratoire", "le
viol de notre maison par des gens qui n'ont rien à
y faire" (Jean-Jacques Brot, Préfet de
Mayotte, représentant du Gouvernement...)
Les
élus qui ne tombent pas dans ce pièges
simpliste qui consiste à mettre toutes les difficultés
de Mayotte sur le dos des immigrés se comptent
sur les doigts d'une main. Le Président du Conseil
Général, Youssouna Bamana, est de ceux-là
qui déclare : "l'argent utilisé pour chasser
les clandestins est de l'argent perdu pour tout le monde". Il est un des
rares à penser que la coopération régionale
est plus porteuse d'espoirs que le recours croissant
à la violence et à la répression.
Il
serait grand temps que les élus mahorais apprennent
que faire partie de la République française,
cela implique également des devoirs : devoir
de tempérance et de respect des lois tout simplement!
Mayotte n'est pas le far-west, les maires ne sont pas
des shérifs! Mayotte ne doit pas devenir une
zone de non-droit!
Cet
élu n'est pas digne de sa fonction et le moins
que la justice puisse faire serait de le priver de ses
droits civiques...
En
attendant que justice soit faite, replongeons-nous quelques
instants dans le passé, quand Hamouro, le dernier
village traditionnel de Mayotte, résonnait encore
des rires d'enfants...
|
L'homme solidement campé sur ses
jambes regarde la mer, pensif. Le temps d'un éclair,
je pense à ces gens qui contemplent la mer eux
aussi, sous d'autres latitudes. Ils rêvent sur
les bateaux qui partent et n'osent pas s'arracher à
une vie qui, pourtant, leur paraît fade... mais
dont la sécurité suffit à ce qu'ils
appellent leur "bien-être". Je dis
bien le temps d'un éclair, car rapidement il
m'apparaît beaucoup plus probable que sa méditation
ne concerne que la hauteur de la marée, ou l'état
de sa pirogue...
|
Il n'empêche que cet étrange
lagon qui encercle Mayotte a dû faire rêver,
s'interroger, bien des gens. Ce lagon qui protège
l'île des éventuelles agressions extérieures
a également éveillé des craintes,
des mythes empêchant de nombreux mahorais d'en
explorer les profondeurs. Nombre de bateaux ont
dû se perdre corps et biens dans les récifs
coralliens de la barrière qui encercle l'île,
affleurant à peine la surface à marée
basse, mais totalement invisibles à marée
haute.
|
La plage d'Hamouro vibre de chaleur dans
une après-midi ensoleillée. Je suis venu
visiter une partie du lagon que je ne connaissais pas
: je suis arrivé à Mayotte depuis quelques
jours... Des pirogues multicolores reposent sur le sable.
Progressant de l'une à l'autre, j'arrive jusqu'au
village. J'aurais presque eu envie de frapper à
une invisible porte avant de pénétrer
tant l'endroit respire la paix : je m'en serais voulu
de perturber une telle tranquilité, de celle
qu'on ne trouve que dans les campagnes du Sud, les pays
du soleil. Un soleil qui assomme tout et tout le monde,
qui ne laisse de vivant que des mouches vrombissantes
dont le seul but semble être l'exaspération
de celui qui persiste à vouloir finir sa sieste.
|
J'arrive sur une place où résonnent
des cris d'enfants. Une bouéni, couchée à même le
sol de sa varangue dort. Pas même une mouche
pour la perturber. Je pénétre dans
un de ces endroits qui donnent irresistiblement envie
de s'allonger, à l'ombre. Le genre d'endroit
qui paraît n'avoir pas bougé depuis des
siècles, où toute chose et tout être
semblent posés, figés dans des attitudes
millénaires.
Un
jeune garçon jaillit d'une palissade de bambou.
Il reste figé en me voyant. Au bout de quelques
secondes son visage s'illumine d'un sourire : -
bonjour! - bonjour! La glace est rompue. Il
n'a toujours pas bougé d'un pouce. Je sors mon
appareil et déclenche. Alors seulement, il part
en courant dans un grand éclat de rire. |
En marchant au milieu de ruelles tranchées
d'ombres découpées au scalpel, je ne peux
m'empêcher de me sentir un élément
perturbateur, décalé par rapport à
l'univers qui m'entoure. Même si mon seul objectif
est justement de me plonger dans un monde enfin paisible...
et surtout de n'y rien modifier! Une femme vient à
ma rencontre alors que je déambule entre les
cases. - Il est beau mon village? - Magnifique!
- «Ils» sont en train de nous construire
des autres cases, là-bas, en haut... Mais moi,
je préfère ici! «Là-bas
en haut», c'est un quartier de cases SIM en construction.
La case SIM, modèle standard d'habitation, est
constituée d'un cube de béton teinté
de couleurs vives, abrité par deux pans de toit
en tôles ondulées. Evidemment, elles peuvent
paraître plus confortables : eau courante, électricité,
sol bétonné donc plus hygiénique...
Côté esthétique, on peut discuter...
Mais un cube de béton en plein soleil n'offre
pas vriament la même protection contre la chaleur
qu'une case faite de végétaux. La case
SIM s'apparente plus au four solaire qu'à un
hâvre de fraîcheur.
Je m'étonne
que dans un pays où la totalité du ciment
utilisé doit être importé par bateau,
on ne semble pas avoir exploré les méthodes
de construction à base de terre et de végétaux
remises au goût du jour en Afrique du Nord depuis
quelques années, des techniques pourtant traditionnelles
ici!... Au-delà des alibis de confort et
d’hygiène qui expliquent les “décasages”,
comme on les appelle ici, il existait un projet d'aménagement
touristique de ce village. Sa restauration devait en
faire un lieu de conservation des modes de vie ancestraux.
Le projet a été abandonné, le village
est en passe de l’être aussi... En janvier
2000, une tempête tropicale a dévasté
le village. Les habitants se sont donc repliés
vers les nouvelles cases bétonnées et
depuis, les cases de raphia et de coco n'en finissent
pas de mourir.
Eric
Trannois - Avril 1999
D'autres photos
d'Hamouro |
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