(Eric
Trannois) - Mai 2001
Il est certains
endroits qui donnent l’irrésistible envie de
s’asseoir... de se satisfaire de la contemplation de
la vie qui se déroule, paisible et immuable.
La citadelle de Mutsamudu est de ceux-là. Elle
domine la médina et ses ruelles qui ne dévoilent
leurs secrets que chichement, lorsqu’elles s'élargissent
suffisamment pour laisser entrer un peu de lumière,
ou lorsqu’elles se croisent. Une vie souterraine se
joue presque en secret... En revanche, la situation
élevée de la citadelle fait se dérouler
sur l’écran géant du ciel le film de la
vie des toits de la médina. Ils forment une seconde
ville. Deux villes posées l’une sur l’autre,
en quelque sorte, mais dont les plans ne correspondent
pas. Il est tout à fait possible de se déplacer
par les toits, sans redescendre dans les ruelles, même
si cet exercice se révèle souvent acrobatique.
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Un banga posé sur une terrasse en béton.
Accroché aux parois de feuilles de coco tressées,
un tableau noir. Devant, une chaise. L’enfant se lève et
va jusqu’au tableau, écrit. Le «maître»,
la baguette à la main se tient dans la position avantageuse
qui sied à sa fonction. L’enfant est seul. Un cours particulier,
probablement. Comble-t-il les lacunes de l’enseignement «officiel»
ou le remplace-t-il purement et simplement? Les instituteurs n’ont
pas touché leur paye depuis plusieurs mois, plus de trente
mois pour certains. Les équipements scolaires sont dans le
même état... Quand les enfants n’arrivent même
pas à avoir la même qualité d’enseignement que
la génération précédente, il faut commencer
à s’inquiéter sérieusement pour la société
qui les regarde grandir. |
La médina de Mutsamudu vue de la Citadelle |
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Dans les ruelles de la médina de
Mutsamudu... |
Ce sont deux fenêtres abritées
derrières des volets comme on peut en voir en Espagne qui
avait attiré mon attention, surpris de trouver une telle
similitude architecturale qui n'est pourtant pas étonnante
: les arabes sont passés par ici également et l' empreinte
de leur passage est d'ailleurs plus profonde ici qu'en Espagne.
Un homme était sorti de le la mosquée voisine. Voyant
l’intérêt que je portais à l’édifice,
il me raconta en quelques mots... et me proposa de «visiter».
Il poussa une porte, sans clef. Il faisait noir comme dans un four.
Même habitués, les yeux avaient du mal à distinguer
les détails. De hautes et grandes salles, des escaliers de
pierres menaient aux étages. L’obscurité laissait
à grand' peine deviner les peintures qui couvraient le plafond.
J’avais sorti l'appareil photo, avais visé et déclenché
sans même vraiment voir ce que je photographiais. Il me semblait
que c’était là le seul moyen d’en découvrir
un peu plus. Combien de temps encore avant que ces fresques disparaissent
à jamais?
— Gégé baco!
Une voix d’enfant. Je n’y prête pas attention. Une voix de
plus dans ce joyeux concert de fin d’après-midi. — Gégé
baco!
Je scrute
les toits, à plusieurs centaines de mètres, cherchant
l’origine de l’appel. Je finis par comprendre qu’il s'adresse à
moi. Un gamin me regarde, debout, jambes écartées,
sourire béant sur une dentition éclatante. La conversation
s’engage. Des banalités. Ce qui l’est moins c’est l’acoustique
exceptionnelle du lieu. Malgré la distance, nous nous entendons
parfaitement et n’avons aucune difficulté à poursuivre
notre «discussion».

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Par une meurtrière de la citadelle... |
Rotation de la caméra.
Autre scène, autre monde. Des cerfs-volants caressent doucement
le ciel. Leur matière translucide se laisse transpercer par les
rayons rasants du soleil. A y regarder plus attentivement, ils sont faits
avec ces sacs plastiques légers que l’on vous donne dans les boutiques.
Deux baguettes de bois, un fil et ils s’envolent de toutes parts, sans
fibres de carbone et sans la fameuse «toile révolutionnaire
issue des plus récentes recherches de l’industrie aéronautique».
Les enfants s’invectivent d’un toit à l’autre, les rires fusent,
à peine estompés par la distance. Travelling. Un espace
vide. Toits effondrés, murs écroulés. Des amas de
pierres. Des escaliers sans but. D’autres pendent dans le vide : ils n’ont
plus de point de départ. Vision d’après-guerre. Pourtant
cela n’a rien à voir. Non, il s’agit tout simplement des symptômes
d’une cité qui n’a pas les moyens de s’entretenir. Ce ne sont pas
les efforts qui manquent : l’Hôtel de Ville vient d’être refait
à neuf. Les mosquées sont les seul bâtiments régulièrement
entretenus. Même les témoignages de la splendeur passée
de la cité sont laissés à l’abandon, comme ce palais
du Sultan dont une partie du rez-de-chaussée est maintenant occupé
par une pharmacie.
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