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Traditions : Tam-Tam boeuf
Une tradition
pleine de couleurs, de musique, de danse, typiquement mohélienne, même
si ce divertissement s'est également exporté vers Mayotte...

Avant
tout, un jeu
Inutile de chercher
des explications métaphysiques à un jeu
qui n'est pas sans rappeler les courses landaises :
jeu de séduction, d'exhibition, jeu de pouvoir
aussi, qui mêle danse, musique et ... sport, très
accessoirement! |
Le
taxi brousse est parti de Ouallah II en début d'après-midi.
Après avoir chargé le matériel de musique, instruments,
amplis, baffles, et musiciens, il s'est ébranlé, et
le mot n'est pas trop fort. Quelques inquiétants kilomètres
plus tard, pas moins de vingt-trois personnes s'entassent autour
du matériel dans le pick-up Peugeot. La surcharge pondérale
dont le véhicule souffre provoque un certain malaise dans les virages...
En se tordant le cou, on peut apercevoir entre les lattes de bois du pick-up,
l'océan à quelques dizaines de mètres en contrebas.
Rien n'empêche de rester optimiste : en cas de chute, nous serons
arrêtés par les arbres bien avant de l'atteindre!
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Au
terme d'une course qui a duré pas loin de deux heures, pour une
quarantaine de kilomètres, le taxi s'engouffre, en marche arrière,
dans une ruelle de Djoiezi, un village en lisière de Fomboni. Le
matériel est débarqué. Une barrière, installée
au fond de la ruelle, la transforme en cul-de-sac. Les rues étroites
et bien entretenues, les maisons basses et blanches donnent un côté
hispanique au village.
Peu
avant la tombée de la nuit, les préparatifs sont terminés,
la ruelle s'emplit de monde, les musiciens s'installent, les danseurs
se mettent en place...
Un zébu est attaché, très court, à la barrière
de bambou. La longueur de la corde ne lui permet quasiment aucun mouvement
du cou. Première pensée : "B.B. et ses copains n'apprécieraient
pas trop". L'isolement de Mohéli préserve aussi
de ça. |
| La musique tourne, lancinante, limite obsédante.
Comme on sait la faire aux Comores... Les danseurs tournent. Ils sont
tous équipés d'une grande écharpe d'un tissu léger
ou d'un lamb autour du cou qu'ils agitent doucement. Ils sont alignés
le long de la ruelle, comme au quadrille. Sauf qu'il n'y a pas de femmes
en face! Un par un, ils se rapprochent de la bête. Leur écharpe
vient caresser la tête qui reste impassible... pour l'instant. En
les regardant tourner ainsi, agitant leur écharpe, accessoire typiquement
féminin, on pense aux danseuses voilées des pays des mille
et une nuits. Elles aussi tournent autour de leur proie, l'affolant du
contact de leur voile...
Au
bout de deux bonnes heures de ce régime, l'animal finit par manifester
quelques gestes d'impatience, d'autant qu'il doit commencer à avoir
des fourmis dans les pattes, coincé au bout de sa corde de trente
centimètres. Par moment, quand l'énervement arrive à
son comble, la bave dégouline de sa gueule, la langue pend.
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Pendant ce temps, les hommes continuent
leur ballet autour du bœuf qui reste malgré tout, relativement
stoïque... en regard du régime qu'on lui impose.
Le tam-tam bœuf est une fête d'hommes... enfin, il apparaît
ainsi au premier abord... Les femmes? Elles ne sont pas absentes : elles
sont alignées le long des maisons, derrière la rangée
de danseurs. Elles regardent, rient, papotent... Certaines grimpent sur
des parpaings, tentant d'entrevoir le bœuf (ou un danseur?) entre
deux têtes. Les enfants, plus agiles prennent possession de tout
endroit surélevé, y compris les toits des cases...
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Tout le monde
aura compris que quand la bête est "à point", elle
est détachée et lâchée dans la ruelle... déclenchant
une course poursuite, brève, mais intense! Qu'on se rassure, la
foule n'a nul besoin de protection : un zébu n'est pas un taureau!
Certes, il décampe sans demander son reste, mais fonce droit devant
lui, ne cherchant à aucun moment à encorner qui que ce soit.
Tout juste une vaste partie de rigolade, même si certains cherchent
vainement à se faire peur en se mettant devant l'animal, jouant
au toréador. Quand il a disparu, la fête n'est pas terminée
pour autant. Elle se terminera sans le bœuf qui doit, à l'heure
qu'il est, toujours courir autour de l'île...
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Ce
jour-là, les hommes laissent émerger
leur côté féminin, pour
simuler la parade amoureuse des femmes.
Comme elles, ils attisent le "feu du
mâle" par le jeu de leurs écharpes...
Jusqu'à ce que celui-ci, ivre d'énervement,
fonce droit devant lui... |
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