|
 |
Région
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
 |
Culture
|
|
|
|
|
|
|
|
 |
Quotidien
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
 |
Savoir
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
 |
Services
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
 |
Communautés
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
 |
Références
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
 |
Pour le plaisir
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Partenaires
|
Le taxi brousse des mers
(Eric
Trannois) - Mai 2001
Ceux
qui connaissent et pratiquent le taxi brousse à
Madagascar ou aux Comores doivent déjà
trembler à l'idée de retrouver les principes
de base de ce moyen de transport, souvent épique,
appliqués aux transports par voie maritime...
Ils n'ont pas tort! Rappelons ces principes de base,
par ailleurs très simples : entasser un maximum
de personnes et de marchandises dans un véhicule
à l'entretien plus que douteux afin de parcourir
les routes ou, dans le cas présent, les océans... |

|
Le Ville de Sima et le Haute
Mer dans le port de Mutsamudu (Anjouan) |
| Il
existe plusieurs moyens pour se rendre à Mohéli.
Deux lignes à peu près régulières
par le Tratringa et le Ville de Sima qui desservent trois fois
par semaine (sauf exceptions... fréquentes) les autres
îles des Comores à partir de Mayotte. Depuis la
suspension de l'embargo infligé à Anjouan, l'accès
se fait par cette dernière. Ces deux bateaux ne manquent
déjà pas de piquant et d'exotisme. Ainsi, dès
que la mer est (un peu) formée, il leur sera impossible
de se mettre à quai à Fomboni, la "capitale"
de Mohéli. Aussi, ils vous débarqueront en pleine
mer sur une barque Yamaha qui vous permettra de rejoindre le
rivage au milieu d'énormes rochers placés là
pour briser les vagues. Cela ne pose guère de problème
pour un voyageur un tant soit peu sportif, mais n'oublions pas
que ces lignes sont principalement utilisées par les
Comoriens désireux de se rendre d'une île à
l'autre. Donc par des bouénis qui ne sont pas toujours
toutes jeunes mais dont le poids doit parfois friser le quintal...
Heureusement, les bonnes volontés ne manquent pas pour
aider à l'acostage, ce qui donne à ces arrivées
une certaine convivialité.
D'autres moyens,
plus aléatoires puisque dépendants des besoins
permettent d'effectuer le voyage : le bateau part quand il a
fait le plein. C'est le cas de l'Annadjate ou du Bénara,
deux boutres plutôt destinés à transporter
les marchandises, mais qui prennent également des passagers.
Leur taille, une vingtaine de mètres, permet d'envisager
une traversée relativement sereine, même si elle
n'est pas rapide : il faut compter une huitaine d'heures pour
parcourir la quarantaine de kilomètres qui séparent
Anjouan de Mohéli. Pour l'un comme pour l'autre, les
passagers trouvent abri à l'arrière du bateau
où une vague cabine a été aménagée
à leur intention et les protège du soleil ou de
la pluie, suivant la saison. |
Reste un autre moyen de
rejoindre Mohéli : l'inénarrable "Haute
Mer", une grosse barque d'une dizaine de mètres.
L'inquiétude naît dès le premier
contact avec l'embarcation, c'est à dire lorsque
vous l'avez enfin trouvée dans le port de M'tsamudu,
coincée entre deux autres bateaux. Premier réflexe
: "Ce n'est pas possible, on ne va pas traverser
là-dessus!". Vous faites alors un nouveau
tour du port à la recherche d'un vrai bateau
qui porterait le même nom. Impossible! Donc, c'est
bien lui. L'appréhension ne fait que grandir
alors que les sacs de ciment et de riz s'entassent dans
la cale et sur le pont. Bon, ça suffit! La ligne
de flotaison se rapproche dangereusement du bord de
la barque. Eh bien, non! Une autre brouette chargée
de sacs arrive, suivie d'une autre et d'une autre encore...
Et l'embarcation de s'enfoncer davantage jusqu'à
ce qu'il ne reste plus que quelques centimètres
avant que l'eau n'envahisse le pont.
Les
passagers peuvent enfin embarquer. On en comptera jusqu'à
vingt-six. |
L'arrière
du "bateau" leur est normalement réservée.
Un carré de trois mètres sur trois. Sur trois
des côtés, un banc de bois, le tout protégé
des intempéries par une bâche en plastique posée
sur des arceaux métaliques Suivant la technique utilisée
pour l'aménagement des pick-ups qui servent de taxi-brousse.
Seulement, voilà : comme la place manquait pour les marchandises,
le centre de cet "espace réservé" est
envahi par des sacs de riz jusqu'à hauteur des bancs.
Autrement dit, les infortunés passagers n'ont d'autre
choix que de s'allonger sur les sacs... Il faudra une heure
ou deux pour que chacun ait trouvé sa place, bien imbriqué
au milieu des autres. Les déplacements seront bien entendus
réduits au minimum.
Les
choses vont se gâter lorsqu'une fillette qui dormait allongée
sur sa mère va vomir son quatre heures. Brusquement et
malgré la promiscuité, un vide se fait autour
d'elle. Quelle idée de s'empifrer comme ça juste
avant de prendre la mer! Sans faire un inventaire à la
Prévert peu ragoûtant, on peut détailler
son dernier repas. Le père se met alors à nettoyer
sommairement les sacs de riz qui ont reçu le mélange
odorant. On ne peut qu'espérer qu'ils sont bien étanches
et que l'odeur ne traversera pas pour créer une nouvelle
variété de riz parfumé!
|
Toutes
ces péripéties n'empêchent pas de faire
une traversée paisible, doucement bercés par l'ondulation
des vagues. La chaleur du soleil aidant, il ne tarde pas à
régner une douce torpeur sur l'embarcation. Les passagers
n'ayant d'autre occupation que de dormir ou, parfois, de suivre
les petits événements qui ne manquent pas de se
produire en mer. Rattraper l'Annadjate, par exemple. Bien qu'il
soit parti nettement avant nous, il ne parviendra à destination
que tard dans la soirée. Des gerbes d'eau jaillissent
au loin : un combat fratricide entre une bonite et un banc de
sardines.
Durant toute la terversée,
l'équipage, composé de trois hommes, ne quittera
pas la minuscule cabine de pilotage. Un mètre carré
ou deux, tout au plus. Il resteront donc debouts pendant six
heures, parvenant de temps en temps à poser un bout de
fesse sur une aspérité de la paroi.
|
|
Si
la claustrophobie vous gagne ou l'air vous manque, vous pouvez tenter
une autre expérience : celle de vous aventurer à l'avant
du bateau. Dans un premier temps, vous êtes ravi : un peu d'air
du grand large... et le soleil qui vient vous carresser agréablement
la peau. La mer est calme. Pourtant, l'embarcation oscille doucement.
Ce dodelinement est suffisant pour embarquer des paquets d'eau à
chaque vague et ne tarde pas à transformer vos vêtements
en serpillère. Vous vous résignez à vous abriter
en vous calant à même le pont, entre deux caisses de Coca
Cola, après avoir enjambé une autre bouéni dont l'estomac
ne supporte pas le voyage non plus. Le répis est de courte durée
: l'eau salée à tôt fait de vous rejoindre. Des écoutilles
sont prévues tout au long de la coque, sensées permettre
l'évacuation de l'eau embarquée. Mais, comme la ligne de
flotaison a une fâcheuse tendance à se confondre avec le
haut de la coque, la fonction de ces écoutilles se trouve inversée
et l'eau envahit le pont à chaque fois que le bateau s'enfonce
dans les vagues, à savoir toutes les vingt à trente secondes.
Quoi
qu'il en soit, arriver à Mohéli (ou Anjouan!) par le Haute-Mer
reste une expérience inoubliable...
|
|
|