imanche
après-midi... Chacun a fait les fonds de tiroir
: un peu de rhum arrangé de Dany, un fond de
pastis de "Camarade", quelques Castle
d'on ne sait trop qui... le "Gandia", le tchembo...
tout est réuni pour finir l'après-midi
à quatre pattes... Ce qui ne manquera pas d'arriver
à certains d'entre eux... Le tchembo, c'est
un alcool de palme dont l'odeur rappelle irrésistiblement
à celle du vomi... appétissant en diable!
Pour le fabriquer, on fixe un récipient, autrefois
fait de feuilles de coco tressées mais remplacé
maintenant le plus souvent par une bouteille d'eau minérale
en plastique coupée, en haut du tronc du cocotier.
Il recueille la sève de l'arbre qu'on laisse
fermenter. Cette même mixture, laissée
en macération pendant plusieurs mois est aussi
utilisée comme médicament contre le "mal
au ventre", selon Boura... On en donne égalemetn
aux enfants, ce qui laisse supposer que tout alcool
s'est évaporé, d'autant que ce remède
serait aussi consommé par les musulmans qui respectent
l'abstinence d'alcool.
Le banga
d'Hassan est construit dans une cour. En fait, il s'agit
d'une construction en tôle de trois ou quatre
mètres sur deux mètres cinquante, plus
proche dans l'aspect extérieur de la cabane de
jardin que de la résidence secondaire. Le lit
occupe le fond de l'unique pièce. C'est le seul
"meuble". Les murs sont tapissés de
cartons ondulés rendus moins tristes par quelques
pages du catalogue de la Redoute (pages mode féminine,
évidemment...). Généralement, le
voulé se passe plutôt dans la cour qui
offre quand même plus d'espace. Mais aujourd'hui,
bizarement et pour d'obscures raisons qui m'échappent,
l'option "intérieur" a été
retenue, aussi la quinzaine de participants s'est entassée
dans l'espace resté libre. Le repas sera,
fort heureusement, préparé à l'extérieur.
Le menu n'offre aucune surprise : mabawa (ailes
de poulet), bananes et maniocs grillés.
Au
niveau liquide, Hassan et sa "bande" ont un
certain art du mélange, même si certains
le trouvent discutable : pastis-vin rouge par exemple
(et quel vin rouge!), ou mieux encore : pastis, vin
rouge, tchembo. Il faut essayer ça au moins une
fois dans sa vie... Certains y résistent...
Hassane est comorien,
sans papiers, comme la plupart de ses amis. Ils font
partie de cette communauté qui compte plusieurs
dizaines de milliers de membres à Mayotte, vivant
de petits boulots, du m'kara-kara, qu'on appelle
chez nous le système "D". Au-dessus
de leur tête, une épée de Damoclès
: se faire prendre au cours d'un contrôle de papiers.
Ils sont alors "reconduits à la frontière",
c'est-à-dire vers le premier bateau en partance
pour Anjouan. On ne leur laissera alors pas même
le temps d'emporter leurs maigres affaires. Arrivés
à Anjouan, ils n'auront qu'une seule idée
en tête : revenir à Mayotte. Il leur faut
alors réunir la somme nécessaire au passage
(environ 75 €) et à trouver un "kwassa-kwassa". Généralement,
ils sont de retour moins d'une semaine plus tard...
On peut s'étonner que des
comoriens, musulmans, consomment de l'alcool, dans des proportions
parfois non négligeables. Cela ne les empêche pas
de rester croyants : ils ont simplement pris de la distance
avec certains préceptes religieux. Ils sont malgré
tout mal vus par les "Djaoulas", nom donnés
aux pratiquants très respectueux de la religion et de
ses lois. Les deux "philosophies" cohabitent sans
heurts. Les comoriens n'ont pas pour habitude de s'immiscer
dans la vie de leurs contemporains...